Liberté


La porte avait été déverrouillée à 8h30. Il avait quitté cette prison comme il y était entré, seul. Si quelqu’un lui demandait ce qu’il avait retenu de ce séjour, il regarderait le curieux une fois, puis rirait à gorge déployée. Le mur gris de la prison était couvert de taches. Il les avait scrutées durant de longues heures au début de son séjour, quand il n’avait pas encore appris à gérer l’ennui, et l’univers morose qui était devenu son quotidien. La première nuit, il n’avait pas trouvé le sommeil, ni la deuxième, ni même la troisième. Il somnolait quand le soleil était haut dans le ciel et que la chaleur l’obligeait à fermer les yeux quelques instants. Il n’avait pas beaucoup de visiteurs. Sa mère avait des problèmes de dos qui la gardaient au lit. Sa soeur était une histoire mystérieuse qui ne semblait pas avoir de fin. Elle venait tous les deux mois, puis retournait à l’appartement de son nouveau petit ami, ou volait dans un autre pays pour filmer un documentaire et des vies plus fascinantes que la sienne ou celle de son frère. Il n’avait pas d’épouse et s’il regrettait parfois cette réalité , il ressentait davantage de soulagement. Au moins son malheur ne toucherait que lui. Ce qu’il redoutait ce n’était pas l’ennui . Le temps qu’on le veuille ou non passait. Il prenait des allures d’escargot , mais il passait, comme tout. Non, ce qui le terrifiait c’était les cris qu’il entendait tout autour de lui, les larmes et plus que tout le silence. Les murs gris se rapprochaient alors de lui et il se recroquevillait. En se faisant petit , il prendrait peut-être moins d’espace. Il voyait parfois à la cafétéria des mains tremblantes soulever avec difficulté une cuillère et regarder avec envie des assiettes mieux fournies. Lui, écartait son plat à moitié plein et quittait une atmosphère morbide qui lui paraissait plus supportable dans la solitude. Chaque après-midi durant une trentaine de minutes, il absorbait les rayons du soleil et écoutait le gazouillis des oiseaux. Quand l’un d’eux s’envolait, un sourire se dessinait inconsciemment sur ses lèvres, puis disparaissait quand la porte se refermait sur son visage. Six mois s’étaient ainsi écoulés. Un jour, il ne parvint plus à quitter son lit, ses jambes l’avaient abandonné, puis le reste de son corps. Le médecin lui avait pourtant dit qu’il ne vivrait que deux mois. Les murs gris de l’hôpital disparurent lentement et son regard se posa une dernière fois sur l’horloge. Il était 8h30.

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