le bateau

Quand elle se réveilla, Léa entendit d’abord, le bruit des vagues qui frappaient la misérable carcasse en bois. Puis vinrent les mouvements de balancier. Elle n’avait jamais eu le pied marin. Pourtant dans sa famille, ils étaient pêcheurs de père en fils. Le problème était bien là. Elle était une fille. Son père l’avait reproché à sa mère, jusqu’à ce qu’elle rende son dernier souffle après de trop nombreuses années de souffrance muette. Non, sa mère n’avait pas été malade , et à ceux qui diraient le contraire , elle le nierait. Sa vie avait été aspirée par un vampire violent , sournois, mal odorant qu’elle avait appelé papa.

Papa était devenu père après ses six ans, alors qu’elle voyait sa mère s’affaiblir progressivement. Quand en rentrant d’école, elle ne la trouva pas dans son lit, elle ne versa pas de larmes.

Elle alla observer l’homme assis sur la véranda. Trois heures durant, elle le regarda boire, verser des larmes mensongères qui s’accompagneraient de mots de réconforts des voisines attristées. Un mois plus tard, elle le trouverait dans une embrassade passionnée avec l’une d’entre elles.

Quand elle se trouva seule avec lui trois heures plus tard, c’est sans hésitation qu’elle lui dit :

« Tu l’as tué. »

D’ autres hommes auraient peut-être été touchés par ces quelques mots. Il n’en faisait pas partie. Ce jour-là, il fit ce qu’il ferait toute sa vie. Il l’ignora.

Peut-être était ce par ce qu’elle le détestait, mais elle n’aima jamais la mer et celle-ci lui rendait bien sa haine.

Mais le jour de ses dix-huit ans quand son père vint lui annoncer qu’il la marierait à son meilleur ami, cette étendue bleutée lui parut plus attirante que ce veuf de soixante ans qui voulait l’épouser.

Ainsi quand la nuit fut tombée elle courut sans se retourner vers la plage avec ses maigres biens dans un sac en bandoulière.

La barque avait été découverte sur la plage après un violent orage. Elle était couverte d’une simple bâche de protection par son père. Il avait voulu la réparer, mais n’avait jamais trouvé le temps. Cet oubli avait permis à la jeune fille de trouver un refuge sur l’île. Quand elle voulait s’échapper de la maison , elle prenait une couverture, se glissait par la porte de derrière et se réfugiait sous la bâche. De nombreuses nuits avaient été passées ainsi. Malgré sa haine pour tout ce qui était de près ou de loin lié à la mer, elle s’était éprise d’affection pour cette barque usée et avait passé quelque temps à la remettre en état de naviguer.

Cette nuit là, alors que la lune brillait dans le ciel étoilé, elle poussa la barque dans l’eau et grimpa. Alors qu’elle s’éloignait lentement de l’île, elle vit une silhouette se détacher au loin.

Son père fit ce qu’il avait fait toute sa vie. Il ignora le bateau qui transportait sa seule enfant et retourna dans sa maison vide.

Léa venait de dire adieu à une vie , mais une autre commençait.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s