Le piano

L’école était désormais vide de tout bruit. Les rires des enfants s’étaient depuis longtemps éloignés. Après tout , les vacances étaient là. Les tableaux avaient été couverts une dernière fois de couleurs et les mots « bonnes vacances » avaient été soulignés , entourés , fleuris et fêtés. Mais alors que dans la cour vide , l’on pouvait seulement apercevoir le chat de madame Guigne profiter du silence après avoir été sollicité toute l’année par les petites mains enthousiastes des jeunes bambins , une note s’éleva et puis l’une après l’autre , elles formèrent une mélodie envoûtante. L’air était bien différent de l’humeur d’été qui envahissait les rues, il était mélancolique. Pour l’entendre de plus près , il fallait contourner les bâtiments principaux et se rendre dans la partie la plus ancienne de l’établissement. Là , la brique vieillie rappelait un passé oublié. C’était dans cette bâtisse qui paraissait abandonnée que se trouvait la salle de musique . Depuis de nombreuses années, les professeurs avaient demandé sa rénovation, voire sa démolition mais contre toute attente , elle était restée là, et malgré les nombreux courriers envoyés à la mairie, au rectorat, la salle demeurait le dernier bastion d’une autre période. Dans la petite maisonnette, des petits mains jouaient avec abandon. Il ne fallait que quelques instants pour se rendre compte du génie qui se cachait derrière ces noires et ces blanches , ces croches et ces rondes. Les mains filaient à une vitesse démesuré sans pour autant donner l’impression qu’un éléphant s’était assis malencontreusement sur les touches délicates du piano.

« Une dernière fois madame? » demanda la petite fille à son institutrice

« Je suis désolé Emma , il est l’heure de partir. Je t’ai laissé aussi longtemps que je le pouvais. Mais les règles sont les règles. Les vacances passeront vite tu verras . »

Il était étrange d’entendre ces mots venant d’une institutrice , mais bien plus étonnant de les voir procurer du soulagement.

Elle effleura les touches une dernière fois, puis celle-ci disparurent sous le couvercle en bois.

La petite fille prit son cartable et accompagnée de la maîtresse se rendit au portail d’entrée. Comme au ralenti, elle marcha vers la sortie. Quand elle posa les pieds dehors , elle fondit en larmes . l’institutrice voulu la réconforter , mais une voiture noire attendait à l’entrée.

Elle avait à peine atteint celle -ci qu’un homme en sortit, ouvrit la portière arrière et lui fit signe de monter.

La voiture s’éloigna peu de temps après.

Dans l’école , l’institutrice observait la plaque métallique qui se trouvait à l’entrée. Le nom qui s’y trouvait n’était pas nouveau Les Guigne avaient dirigés cette école d’une main de maître depuis son ouverture. Mais il était bien dommage que ce fut la dernière fois que la petite Emma Guigne puisse entrer dans la salle de musique.

« Elle est partie ?  » demanda une voix masculine, même si la voix semblait ferme au premier abord , on pouvait y déceler un léger tremblement.

« Oui, monsieur le directeur » répondit -elle à l’homme qui s’approchait d’elle.

« Etes vous sûr de votre choix ? » demanda-t-elle

« Je n’ai pas le choix. dit-il en soupirant, cette bâtisse est prête à s’effondrer. »

« Mais le piano… » ajouta-t-elle

« Sera transporté à notre villa. Ce n’est pas le piano qui a tant d’importance pour ma fille. Mais les souvenirs qu’il fait jaillir en elle. Elle est comme sa mère. Je la revois encore donner des cours dans cette salle. Mais elle nous a quitté et m’a laissé notre fille à élever. Cette salle disparaîtra peut être , mais les souvenirs demeureront. Hélas… »

« Vous n’avez toujours pas de nouvelles d’elle? » s’enquit l’institutrice

« Non, elle ne nous a laissé à tous deux que des cœurs brisés. Mais, quittons ces pensées maussades. Ce sont les vacances! Qu’avez vous prévu cet été ? « 

« Eh bien…. » commença t-elle

Leur pas s’éloignaient des souvenirs douloureux et de la salle de musique. Sur un piano, une rose fanée, avait perdu ses pétales, mais même si elle était flétrie, un parfum embaumait la pièce. Une dernier geste d’amour, un requiem avant la fin.

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