Les feuilles de thé

Chez Talia , l’heure du thé était un moment sacré. Elle marchait nonchalamment en fin d’après midi vers sa salle de thé. Elle portait ce nom car elle se distinguait de la cuisine et n’était réservée qu’à cet instant privilégié. Sur les murs, de multiples pots étaient assis sur des étagères chacun représentaient un type de thé , un lieu de production, un temps d’oxydation et surtout une saveur unique. Talia s’amusait à fermer les yeux chaque après midi et du doigt choisissait au hasard une boîte. Si c’était la même que la veille, elle recommençait. Quand son doigt s’arrêtait, elle saisissait la boîte avec une ferveur non dissimulée et en ouvrait le couvercle avec une certaine cérémonie. Les effluves qui s’échappaient de la boîte avaient un pouvoir intoxicant et Talia n’aurait pas été surprise de voir apparaître les feuilles de thé sur la liste des opiacés. Elle mesurait avec minutie la quantité de feuilles qu’elle utiliserait. Il n’en fallait ni trop, ni trop peu, puis elle les versait dans sa boule à thé.

Des boules de différentes tailles étaient accrochées à la porte de l’étagère et lorsqu’elles s’entrechoquaient, un petit bruit métallique se faisait entendre. Après avoir préparé la boule, elle la déposait dans sa théière. Lorsque l’eau était chaude, elle la versait délicatement puis prenait son minuteur et laissait infuser, une minute, deux minutes, trois minutes.

Elle versait ensuite le thé dans la tasse et décidait si elle le voulait nature ou avec une goutte de miel.

Puis, elle s’asseyait à la petite table qui se trouvait à son balcon et regardait le paysage.

Le paysage était en l’occurrence, Victor, son voisin d’en face qui lui aussi prenait son thé à la même heure qu’elle. Elle l’observait boire son thé chaque après midi et échangeait avec lui quelques sourires.

Il avait pris cette habitude depuis le début du confinement et Talia profitait de ces instants pour admirer la sculpture de ses bras musclés, la brillance de ses cheveux attachés en queue de cheval. Bien souvent il buvait un livre à la main. Elle l’imaginait lire du Shakespeare, des poèmes de Lamartine qu’il lui déclamerait un jour. Que ne donnerait-elle pas pour l’entendre lui dire « Ô temps, suspend ton vol ! « 

Plongée dans sa rêvasserie, elle ne voyait pas la tasse lentement se vider. Mais alors une silhouette rejoignait Victor, la ramenant à la réalité. Ainsi avec Victor , il y avait Martin et avec Martin , il y avait Victor, son compagnon.

Et si quelques secondes plus tard Martin s’écriait :

 » Comment ça va Talia, tu tiens le coup ? « 

Elle répondait sans aucun doute.

 » Très bien, très bien. C’est l’heure du thé ! « 

 » Tu devrais venir boire du thé avec nous quand on pourra enfin sortir !  » s’écriait -il

 » Avec plaisir !  » répondait-elle

L’heure du thé était alors bien finie et avec un soupir, elle prenait sa tasse et rentrait dans son appartement. Elle attendrait encore avec impatience la prochaine heure du thé, assurément.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s