Le chien du général

 » Bordo, viens , viens mon chien. »

Les vagues crachaient contre les rochers, et chaque fois l’écume mouillait les poils du chiot qui s’en amusait et tentait de les attraper sur sa langue. Il avait à peine deux mois et s’émerveillait de tout.

« Bordo, viens , viens! » dit le Général avec plus de dureté.

L’animal répondit finalement à son appel. Il s’avança lentement vers son maître et s’assit à ses côtés. Mais son énergie débordante ne le retiendrait pas bien longtemps.

Dans la rue vide du village, le petit chien attirait les regards des quelques riverains. La petite communauté en bord de mer, ne voyait la jeunesse que l’été. Lorsque les parents contraints de travailler, envoyaient leurs enfants passer les mois de vacances chez leurs grands parents. Durant ces périodes, les rues s’animaient et les rires résonnaient dans les rues étroites. Les odeurs de pâtisseries cuites au four s’entremêlaient à l’ air marin et rappelaient aux plus âgés que leur vie bien que proche de la fin, était encore remplie de doux moments de partage.

L’arrivée du général et de son chiot était pour eux tous, une surprise. De sa voix rauque, il leur disait bonjour et bonsoir. Ils n’avaient rien à dire de lui. Il était un voisin poli, mais l’armée avait mit sa marque sur lui et il gardait une posture rigide digne des défilés du 14 juillet.

Il avait accroché à l’entrée de sa maison, un drapeau, et le saluait chaque matin comme pour revivre ces moments du quotidien qui avaient cessés brusquement.

La routine était bien ancrée. Il se réveillait au lever du soleil et se couchait tôt. Comme une horloge bien réglée, il rappelait son chien auprès de lui quand il estimait avoir fait son heure de promenade quotidienne.

Dans les rue étroites du village, chacun l’entendait venir. Si le petit chiot ne servait pas d’alarme, le bruit des roues sur les pavés attirait l’ attention.

Il lui manquait une jambe et il ne mettait que rarement sa prothèse qui l’irritait.

Chacun savait quand il la mettait.

Le chiot attendait patiemment à l’entrée et regardait les passants aller et venir. Ce jour là , il restait sage. Du moins jusqu’à ce que la chevelure noire d’une jeune femme n’apparaisse au coin de la rue. Comme le général, elle était toujours à l’heure. Elle portait des sachets à la main, et semblait toujours pressée. Elle caressait Bordo délicatement , avant de rentrer sans frapper.

Elle restait deux heures , pas une minute de plus , pas une minute de moins.

Mais c’était sa sortie qui faisait les riverains sortir sur le balcon.

Chaque fois qu’elle sortait , le général l’accompagnait lentement jusqu’à l’entrée, une béquille à la main . La jeune femme se penchait alors vers lui et l’embrassait délicatement sur les lèvres.

Les riverains souriaient en voyant cela. Voir l’amour à leur fenêtre était aussi rafraîchissant qu’une citronnade en plein été.

« Quand rentres-tu à la maison? » lui demandait -elle

« Bientôt. » lui répondait-il à la grande déception des voisins .

« Les enfants ont envie de te voir. » disait-elle au général qui ne paraissait pas avoir plus de trente ans certains jours.

« Bientôt » lui répondait -il à nouveau.

Ces phrases agaçaient les voisins et chaque jour, ils s’interrogeaient sur la vie de ce général mystérieux qui ne se décidait pas à rentrer chez lui et à reprendre sa vie de famille.

Mais leur curiosité n’était jamais assouvie et la porte d’entrée se refermait sur le jeune général, son chien et ses secrets.

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